PRODUCTION DE L’ANACARDE DANS LE NORD-EST DE LA CÔTE D’IVOIRE : DE L’ESPERANCE AUX DESARROIS DES PAYSANS
Résumé
Depuis l’indépendance en 1960, le Nord-est de la Côte d’Ivoire a connu un secteur
agricole prospère. Les productions vivrières, du café et du cacao ont enregistré une
hausse respective de 531,167 %, 150 % et de 400 % de 1960 à 1985. Mais, à partir des
années 1990, les paysans ont été confrontés à une saturation foncière. De plus, les
cacaoyers et caféiers, devenus vieillissants et improductifs étaient confrontés à la
sécheresse de 1983, année marquant le début d’une pluviométrie largement déficitaire
pour ces cultures dans la région. C’est dans ce contexte que l’anacardier, plante réputée
pour sa grande rusticité et ses faibles exigences pédologiques et climatiques intègre le
système agricole du Nord-est de la Côte d’Ivoire. Déjà en 2015, la région concentrait, à
elle seule, 24,10 % de plantations d’anacardiers en production du pays. L’objectif de
cet article est de montrer que la culture de l’anacarde est passée d’une culture de
l’espérance à une culture du désarroi pour les paysans. Une analyse documentaire et
des enquêtes de terrain auprès de 248 chefs de ménages agricoles, à l’aide de
l’administration d’un questionnaire, ont servi à la collecte des données. Il en ressort
que la culture d’anacarde, une culture de l’espérance est devenue une culture du
désarroi des paysans. Elle est motivée par son adaptabilité aux conditions écologiques
de plus en plus rudes. Aussi, devant la chute des productions de vivriers, du café et
du cacao respectivement à 77,5 %, 91,70 % et 73,16 %, l’anacarde est-il perçu comme
une culture de rescousse. Mais, la culture de l’anacarde entrainant la chute des
productions vivrières, de 46 % de 1983 à 2006, contraint les paysans à l’achat de
denrées alimentaires. Or les vergers sont devenus vieux et improductifs et le prix bord
champ a une tendance baissière et passé de 450 en 1999 à 275 FCFA en 2024, soit une
baisse de 38,89 %. A l’opposé, le prix du riz, la denrée dominante des habitudes
alimentaires est passé de 240 FCFA 600 FCFA de 2008 à 2024, soit une hausse de 150 %
par rapport à janvier 2008. Cette étude a permis d’aboutir à la conclusion selon
laquelle, l’anacarde est passée d’une culture de l’espérance à une culture de désarroi
pour les paysans.
Mots clés : culture de l’anacarde, désarroi, Zanzan, Nord-est de la Côte d’Ivoire