URBANISATION DE LA PERIPHERIE SUD-EST D’ABIDJAN : QUAND UN ROI IMPOSE SA VOLONTE A L’ETAT
Résumé
L'étude montre que dans la périphérie sud-est d’Abidjan, depuis les années 90, les
lotissements ont été réalisés à l'initiative des autorités coutumières en contrat avec
des promoteurs privés et pour un profit maximum sur le marché foncier périurbain.
La puissance en la matière du chef du tout petit village de Moossou en tant que roi
du royaume ancestral Abouré est mise au jour. En lotissant plus de 6 000 ha, près des
trois quarts d’un espace dont l’Etat a souhaité contrôler l’urbanisation, il s’impose en
acteur majeur de l'organisation du tissu urbain dans toute la zone. La minimalisation
des espaces dédiés aux équipements collectifs et viaires qui en résulte contraint
l'autorité publique à intervenir ex post pour placer ceux qui sont essentiels à la
cohérence urbaine locale et métropolitaine. L’article pose le problème d'une
configuration de la ville en périphérie sud-est orientée par le roi de Moossou alors
qu’il devrait s’agir d’un cadrage urbanistique relevant de l’autorité et de la
compétence publique. L’objectif visé par cet article est de montrer la manière dont
des acteurs comme le roi de Moossou supplante l’Etat pour produire du sol urbain
en se servant de l’argument du marché et de la légalité de l’entreprise privée. La
méthodologie utilisée est l'inventaire documenté de l’ensemble des projets de
lotissements initiés dans cette périphérie, complété par une observation directe sur le
terrain et une enquête avec guide d'entretien auprès des acteurs institutionnels,
privés, coutumiers et civils.